L'édition au service des Auteurs

Après Le Papillon Vert… le nouveau projet de Philippe Meyrignac

le 23 Sep 2014

Caen1(Article de Philippe Meyrignac)

Dès que j’ai su que mon premier livre serait édité, j’ai pu m’engager dans un nouveau projet. Jusque-là j’étais bloqué, mais cette certitude acquise et sans même savoir le devenir du premier livre un second projet a pris naissance.

Ce deuxième livre sera très différent. Changement d’époque, une seule constante, j’aime bien fouiller dans les faits historiques et les vieux livres. Il s’agit d’un livre témoignage ; le récit témoignage de ma mère qui raconte son été 1944 lorsqu’elle a vécu le débarquement allié à Caen. Cela pourrait s’appeler « Caen ma ville fut détruite », jeu de mot bien sur, mais pour un sujet grave…ces souvenirs sont croisés avec l’histoire de ma famille qui nous entraîne d’Inde en Allemagne en passant par Paris, la Bretagne profonde et la Normandie de 1936 à 1944 et aussi l’histoire de mon grand oncle Mathieu déporté par les Nazis.

L’histoire de ma famille est digne d’un roman : il me reste à l’écrire, j’estime qu’il me reste environ un an de travail. Ce sera un livre plus court 150 à 200 pages mais dense.Je me suis accordé une seule simplification (en es-ce vraiment une ?) j’écris tout cela au présent. J’essaie de respecter au maximum les faits et les détails de la vie racontés par ma maman.Je procède par interviews enregistrés à la manière d’un journaliste. Vous l’avez compris avec « Le Papillon Vert » : j’aime bien les exercices difficiles avec des gardes-fous qui m’empêchent d’aller dans tous les sens.

Souhaitez moi bonne chance dans cette nouvelle aventure. Cela commence ainsi :

EXTRAIT de « Caen ma ville fut détruite » :

Ce sont les toutes dernières semaines de la seconde guerre mondiale. Depuis plusieurs jours les déportés du Kommando Heinkel marchent à travers la campagne du Brandebourg. Encadrés et poussés par les SS, ils fuient les camps qu’ils ont évacués de force, devant l’avancée inexorable de l’armée rouge soviétique. Ils avancent péniblement sur la route de Hambourg. Déjà cent kilomètres parcourus dans la boue depuis l’usine Heinkel, annexe du grand camp de concentration de Sachsenhausen, près de Oranienburg, au nord-ouest de Berlin. C’est une fuite en avant. « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) avaient-ils lu sur les portes à leur arrivée au camp. Cette devise était une mystification des nazis. Mais depuis leur sortie du camp ils y croyaient de nouveau !

Du 21 au 29 avril 1945, 33000 survivants de Sachsenhausen, le plus grand camp situé sur le sol allemand, exténués et hagards, sont ainsi jetés sur les routes, livrés à la folie criminelle des SS qui les encadrent. Quelques-uns seulement survivront. Car les nazis vaincus et repoussés successivement entre les fronts russes et anglo-américains sont devenus comme fous. Tout, sauf les russes. Les russes sont des barbares, pensent-ils, ils ne feront d’eux aucun quartier. Il faut prendre les devants. En trois jours la longue colonne à pied a dépassé Alt-Ruppin, Rägelin, Wittstock et le bois de Below où plusieurs camarades agités par cette faim qui rend fou ont été impitoyablement éliminés d’une balle dans la nuque.
Plus loin, à Parchim, c’est le début d’une longue plaine monotone qui mène à Crivitz et Schwerin. Le sol, spongieux, est encore imprégné du gel de l’hiver. Les nuits sont terriblement froides. Les déportés dorment dans des abris de fortune, rassemblés par des gardes SS excités par la peur des russes. Les SS tirent à vue dans le noir sur tout ce qui bouge. A l’aube, abandonnant les cadavres de la nuit rapidement poussés par les survivants dans les fossés, les colonnes repartent dans la brume glacée. Ce sont des ombres dans le petit matin. Décharnés, misérables, le dos courbé par les efforts accumulés, ces pauvres hères avancent comme des fantômes vers un destin sinistre.
Les nuages noirs et glacés de la nuit fuient devant eux loin en direction de la mer. Le paysage se découvre peu à peu. On entre dans le Mecklembourg.

— Cette plaine immense, morne et désolée n’en finit plus, se dit-il.
Il racle le chemin de ses pieds vaguement habillés de galoches de tissu, usés jusqu’à la corde. Il avance instinctivement sans prendre garde à sa marche. Mettre un pied devant l’autre encore et encore, surtout ne pas trébucher sur le camarade qui le précède, et encore moins ralentir en laissant croire qu’on est à bout. Il ne faut en aucun cas attirer l’attention des gardes qui veillent au moindre faux pas. Pourtant, on est à bout. C’est une marche mécanique ou chaque pas reproduit tant de fois a fini par éliminer toute forme de réflexion. Une pierre le fait trébucher et il reprend conscience soudain, il pense, il est vivant ! Il arrive juste à penser qu’il est encore en vie.
— Tant qu’il y a de la vie, y’a de l’espoir, se dit-il en souriant. C’est avec ce genre de formule toute simple que Mathieu Legallo tient le coup. Mathieu est un costaud, un dur à cuire qui a survécu à toutes les épreuves de la vie, par la ruse et par la force. Enfant illégitime il a survécu à une jeunesse troublée par la honte et les quolibets. Il a survécu à ses origines modestes. Il a survécut à sa condition misérable en apprenant le métier d’électricien sur les bateaux-ateliers pour sous-marins. Il a survécut à la grande guerre et trouvé un poste à l’usine électrique du port de Caen. Il a survécu aux luttes syndicales qui l’ont conduit parmi les meneurs des grèves avec son frère en 1936 et surtout fin 1938….

Pour la suite ? rendez-vous dans un an.
Voilà je voulais juste vous dire ce qui m’habite à présent… vive l’écriture !

Amitiés à tous les EHJ éditeurs et auteurs : vous êtes un groupe formidable.

 


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