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Écrire

le 7 Nov 2014

Écrire - Agnès Boucher(Article écrit par Agnès Boucher)

Écrire demande du temps, de l’espace, ou plutôt me demande du temps et de l’espace.

Longtemps, j’ai eu la chance d’avoir un havre familial niché dans le Perche qui m’accueillait quand j’avais besoin de me ressourcer, loin des autres, du bruit et du stress de Paris.

Les collines du Perche ont l’avantage d’être proches de la capitale, tout en étant en pleine campagne, verdoyante et boisée, autrefois terre de culture et de pâturage, aujourd’hui plus « boboïsée » mais toujours accueillante et calme.
J’y ai des souvenirs d’enfance, de bonheur familial, de vacances douces et chaudes, à une époque où tout semblait couler de source, et où surtout tout n’inspirait que sérénité et bonheur.

Quand on est enfant, on ne nous prévient pas que tout peut changer. On a beau voir autour de soi des adultes distants les uns des autres, entendre parler à mi-voix d’absents nécessairement inconnus, on pense que l’on y échappera. Mieux, enfants entre eux, on se promet croix-de-bois-croix-de-fer qu’on sera plus malin, qu’une fois devenus grand, on ne tombera pas dans le piège de la rancœur et du non-dit.

Le Perche est resté longtemps le lieu où j’oubliais tout, entre mon jardin, mes feux de bois dans la grande cheminée, la musique aimée en fond sonore d’un livre lu ou comme accompagnement d’un manuscrit en cours de construction.
Pendant que je vous écris, Brigitte Engerer et Chopin me bercent de nostalgie et de douceur…

La grande maison, son éloignement de tout voisinage, l’épaisseur respectable des murs, tout concourait à une écoute amplifiée d’œuvres beethovéniennes ou mahleriennes.

Cet espace n’est plus. Ma maison a été vendue. Je dis « ma », car je suis restée comme seule témoin de ce qu’elle fut autrefois, symbole de paix et d’amour partagé. Mais cet amour existait-il vraiment ou ne fut-il qu’un leurre ?
La haine et l’animosité autour de moi, il faut bien appeler les sentiments par leur nom, aussi terribles soient-ils, nous a fait perdre ce bien qui aurait du perdurer, voire se transmettre de génération en génération, ou se perdre en toute fraternité. J’ai lutté autant que j’ai pu. J’ai perdu.

Aujourd’hui, je ne me plains pas, parce que j’ai l’inestimable chance d’avoir une autre maison. Elle n’est pas mienne, je n’y suis que de passage, mais par cette distance, justement, elle m’aide à m’habituer à la disparition de la précédente.
Sa cheminée est beaucoup plus modeste, son jardin tout rikiki, mais sa taille me permet d’écouter Tharaud dans Couperin sans gêner les voisins…

Cette maison nichée en pays Armorique sera peut-être ma chance de passer à autre chose, de faire le deuil de ce que l’on a cru immuable, et d’avancer toujours… Le meilleur est à venir…

 


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