L'édition au service des Auteurs

I like to move it, move it !

le 19 Oct 2014

1377241_723398281010883_2128427944_n(Article de Kathy Dorl)

Quoi ? On peut faire un article ?
Honte sur moi. J’ai répondu à l’interview auteur, mais zappé cette super-méga possibilité de faire un article.
Du coup, j’ai sauté dans l’espace article des auteurs EHJ comme du pop-corn dans un four à micro-ondes.
Je veux faire un article ! Oui super génial, mais sur quoi ?

Et là, nada, que dalle, des nèfles, aucune idée, le vide sidéral. Mon enthousiasme est retombé aussi sec qu’un soufflé au fromage qu’on n’aurait oublié de servir à la vitesse du son. Parce qu’on ne rigole pas avec un soufflé au fromage.
J’ai pensé écrire sur moi. Oulla, c’est un peu trop « égo égo » tout ça, non ? Ça craint du slip.

Et là, l’homme qui tombe à pic enfin, plutôt l’homme qui a le doigt qui tue (1) m’a montré le chemin. Alléluia !
Je vais écrire un story machin ! Un quoi ? Un storytelling. En gros, c’est un truc qui permet d’écrire sur moi, sans faire genre, regardez les mecs, j’écris sur moi. Je ne flatte pas mon égo, je fais un storytelling, s’pas pareil !
Ils sont forts ces Ricains, avec tous ces mots qui en jettent, commençons par là…

Lors de mon arrivée aux USA en tant que résidente permanente, je me retrouve face à un « immigration officer » ; pour faire simple, un monsieur généralement pas commode qui te passe au scanner avant de coller un violent coup de tampon sur le passeport, sésame obligatoire pour l’entrée sur le territoire.
À plusieurs reprises, il me demande de répéter mon lieu de naissance :
— Madagascar
— Mada-what ? Et de réprimer un fou rire en chantonnant « I like to move it, move it ! »
Ch’suis foutue : pour les ricains je suis née dans les studios de la DreamWorks animation
Je soupire. Les ricains ne sont pas très doués en géographie internationale. Ils ont des circonstances atténuantes : à l’école, ils doivent déjà apprendre les noms des capitales des 50 États qui composent leur grand pays. Alors le reste du monde, il peut se brosser.
J’ai survécu avec deux gamins excités comme des puces hystériques par leur nouvelle vie et un compagnon qui ne connaissait de l’anglais, que le thé, et de l’américain, que le café délavé. Aujourd’hui encore il a du mal avec l’expression « get ready ».
— On doit dire « be ready »!
— Non, Chat (parce que je l’appelle Chat). Je lui explique la nuance, il hoche de la tête, et quand je lui dis « got it » ? Il me repose la question…
*soupir*

Aux Zétasunis, l’écriture est le cadet de mes hobbies, débordée par les montagnes de palettes à livrer ici ou là, les importations, les exportations, les agents en douane, je suis très occupée.
J’aime bien mon tout nouveau pays d’adoption.K.Dorl - Ce que femme veut
C’est vrai que la vie là-bas est sympa, quand t’es pas malade, ni au chômage ou retraité sans économies. Il y fait bon vivre quand t’as rien contre les armes à feu, ni la peine de mort, l’individualisme, le libéralisme, et que tu ne te fais pas pipi dessus dès qu’une voiture de police te suit.
Il faut aussi aimer les drapeaux étoilés et Dieu. C’est important, très important le chacun pour soi et Dieu pour tous.
Et surtout ne pas pleurer quand ton gamin récite le pledge of allegiance, la main sur le cœur, le nez en l’air, bien droit. Il n’est pas encore totalement lobotomisé, mais presque…
Le temps passe tranquillement jusqu’à la mauvaise nouvelle, la très mauvaise nouvelle qui vient de France. Un papa, ça ne compte pas pour du beurre.
À cette période, mon Chat (ma moitié, pour ceux qui ne suivent pas) est souvent en déplacements et les gamins, toujours chez les potes, normal, ce sont des ados.
Un peu trop seule au quotidien, mon moral s’enfonce inexorablement vers le centre de la Terre en mode Jules Verne.
— Prends-toi un journal intime ! me conseille ma copine Trummell.
J’achète le truc à couverture rose-bonbon et passe une après-midi à couiner et vider deux boîtes de Kleenex devant une page blanche. À la fin de la journée, le nez rouge, j’abandonne. De toute façon, le cadenas du journal intime s’est fermé et j’ai cassé la mini-clé à l’intérieur.
— Consulte un psy ! me suggère Consuela.
30 minutes et 150 $ en moins sur mon compte en banque, je comprends qu’en plus de ma déprime, je risque de passer du côté obscur côté financier.
Alors je bosse, je peaufine mes rapports, j’anticipe les commandes, les réassorts, les mises en place. Mais bon, à 3 heures du matin, quand tu fais des insomnies, t’as du mal à trouver un client en ligne pour savoir s’il est content de son « advertising material ».

Fifty-fiftyC’est Barnes & Noble qui m’a sorti de ma déprime.
En traversant l’immense magasin de bouquins, je remarque une tête de gondole, que dis-je, l’avant d’un paquebot rempli de « feel-good books ».
Kezaco ? Des bouquins qui font du bien au moral ? Why not ? Les Ricains viennent de se prendre une belle crise économique dans les chicots et c’est vrai que l’ambiance générale est plutôt au niveau de leurs chaussettes, qu’ils glissent élégamment dans des sandales. (Mode très tendance, qui à l’inverse des Jeans ou des chewing-gums n’a pas convaincu le marché international, sauf un homme, mon Chat, pour mon plus grand désespoir…)
Bref, j’attrape un feel-good book, le feuillette, commence à sourire puis franchement me marrer.
Et là, l’ampoule s’allume dans mon p’tit cerveau ! Si je faisais ma propre thérapie en écrivant une histoire sympa. Aussitôt dit, aussitôt fait, dans les mois qui suivent j’achève « Ce que femme veut… » que les Éditions Hélène Jacob acceptent de publier, à ma grande surprise et pour ma plus grande joie.
Que Barnes & Noble en soit infiniment remercié !
(To be continued)

PS : au monsieur sûr de lui qui m’avait balancé : « Mais les feel-good books, ce n’est pas de la littérature ! », je réponds aujourd’hui :

(1) Sieur Sébastien Cerise

 


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