L'édition au service des Auteurs

Interview auteur : Olivier Magnier

le 15 Sep 2016

Aujourd’hui, c’est Olivier Magnier qui se lance dans l’interview auteur.

Rappel du principe : 10 réponses au moins parmi une vingtaine de questions qui sont proposées à nos auteurs.

De quoi vous permettre de mieux connaître l’auteur de Vents froids.

Vents froidsQu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire et à quand remonte cette passion ?

J’ai commencé à écrire assez tard, vers dix-sept dix-huit ans, simplement quand j’ai commencé à sentir plus clairement la faille qui me traverse. Pour résumer, ce qui m’a donné envie d’écrire, c’est le sentiment de solitude et le besoin de la franchir. Si c’est une passion, donc, c’est parce que c’est lié à une souffrance. Dans la plupart des textes que j’ai faits, il y a cette idée de distance, d’éloignement par rapport au monde et aux autres. J’ai le souvenir d’une histoire qui m’est restée à l’esprit, ce qui veut sans doute dire que je m’y identifie un peu : celle d’un type tombé de son embarcation, en pleine nuit, au milieu de l’océan, et qui gueule pour rameuter la compagnie. J’ai l’impression que l’écriture part de là, d’une tentative de rejoindre le monde. Du coup quand j’écris, j’ai un sentiment de cohésion et de présence au monde, aux êtres, bref un sentiment de vie assez intense. Il n’y a pas que l’écriture qui me donne ça, bien sûr, mais c’est un de mes moyens de prédilection.


Vous écrivez le matin, le soir, la nuit ? Suivez-vous une organisation précise pour planifier vos séances d’écriture ?

Plutôt la nuit, que ce soit avant ou après le coucher du soleil, peu importe. L’obscurité favorise la concentration. Côté organisation, rien de précis. J’écris à vue, sur un canevas assez succinct que j’ai en tête ; le détail des événements se négocie ensuite sur le coup, au fur et à mesure que l’histoire avance. Trop planifier me donne le sentiment d’exécuter un programme. Avec une idée de base et au fil de la plume, c’est plus agréable, plus spontané, ça a un peu plus le goût de l’aventure. En même temps, c’est au détriment de la vue d’ensemble. Si le texte est long, il me faut donc le reprendre régulièrement pour ne pas me perdre et conserver une sorte de maîtrise panoramique. Preuve que le plan a quand même certaines vertus : il peut donner le sentiment de ramer, mais pas celui d’errer.


Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les paysages que je choisis (dans le cas de Vents froids le salar de Thunupa et La Paz) sont généralement des lieux forts, stimulants pour l’écriture. J’ai l’impression que je cherche d’abord un espace où je veux me situer, dont je sens que l’énergie et la poésie vont me porter. Ensuite les gens : c’est Camus qui dit préférer écrire pour ceux qui subissent l’histoire plutôt que pour ceux qui la font. Ce sont à peu près ses mots, il me semble, et je m’y retrouve : j’ai un faible pour les faibles, celles et ceux qui butent contre une réalité qui les dépasse et qui d’une certaine façon les écrase, les victimes de l’Histoire. Ça part d’une empathie sincère et particulière avec ces femmes et ces hommes touchés durement par l’existence.


En dehors de l’écriture, vous avez des hobbies ou d’autres passions artistiques ?

Je ne sais pas dessiner, je suis incapable de jouer d’un instrument (ça, c’est un grand regret !) parce que je n’ai pas l’oreille musicale, je ne sais pas sculpter… de temps en temps je prends une photo, mais vite fait.


D’autres projets d’écriture en cours ? Si oui, pouvez-vous en parler ?

J’essaie de terminer un projet entamé il y a longtemps et qui approche de sa conclusion, normalement. Mais je n’ai pas envie d’en dire plus, car ça donnerait des indications qui ne rendent pas service au lecteur. Je crois qu’il est préférable de ne pas s’étendre sur ce qu’on donne à lire ; mieux vaut bien écouter quand on vous en parle.


Que pensez-vous de l’édition numérique (avantages/inconvénients) ?

J’ai l’impression que les raisons qui poussent l’écrivain à préférer le papier sont relatives à l’ego : le livre est matériel, c’est un trophée, un fétiche, il résiste au temps, c’est le gage de ma pérennité voire de mon éternité selon mon degré de revendication. Voir Vents froids en livre papier m’a fait plaisir cinq minutes, mais nous savons trop bien de quoi il retourne : tout ce que nous aurons écrit disparaîtra un jour, donc ce n’est pas la peine de s’exciter sur l’idée du « livre qui rend encore plus immortel quand il est en papier ». Je me demande même si le format numérique n’est pas ce qui convient le mieux à notre nature : volatile, impermanente. Comme lecteur, j’aime encore bien le livre concret, mais je commence à lire en format numérique. Finalement, j’ai l’impression que pour la littérature le passage au numérique est une évolution plutôt utile.


Comment imaginez-vous l’avenir de l’édition (en France, en particulier) ?

Ça, c’est une colle, je ne connais pas assez le milieu pour avoir un avis. Je passe.


Vous êtes plutôt chien ou chat ? Vanille ou chocolat ? Thé ou café ?

Le chat est incertain, la glace au chocolat c’est ni de la glace, ni du chocolat ; quant au thé, vous n’en ferez jamais un bon espresso.


Si vous écrivez sous pseudo, pourquoi et comment l’avez-vous choisi ?

Non je n’écris pas sous un pseudo, mais si j’en avais pris un, j’aurais choisi Clint Eastwood.


Votre musique préférée ? Écrivez-vous en musique ?

De caractère quand même un peu inquiet, je préfère la musique calme qui touche des fibres subtiles. Donc de Pergolese à Massive Attack en passant par Geoffrey Oryema etc. etc. Pour écrire, par contre, j’utilise plutôt des boules quiès.


Des auteurs de référence à citer qui influencent votre écriture ?

Les auteurs dont la lecture m’a marqué m’aident à tracer des repères dans mon travail. Par exemple, Coetzee dans Youth, John Kennedy Toole dans la Bible de néon, ou Steinbeck dans Of Mice and Men sont des exemples tant leur écriture arrive à la profondeur par la simplicité, la sobriété, le dépouillement. C’est aussi l’absence de jugement qu’on sent chez ces auteurs, la fameuse impartialité à la Flaubert, qui constitue pour moi un exemple. Du point de vue de la musique et de la poésie, j’aime beaucoup Garcia Marquez : son phrasé, ses images, son monde. Il y a aussi chez lui un sens humain très fort, une grande bienveillance.


À travers vos livres, quel(s) message(s) souhaitez-vous véhiculer ?

Vouloir délivrer un message, je crois que c’est chercher à convaincre et persuader, donc c’est de la démonstration. Et je crois qu’une œuvre d’art, c’est mieux si elle ne cherche pas à démontrer et qu’elle se contente de montrer. Cela ne signifie pas qu’elle se situe hors des problèmes du monde. Cela veut simplement dire qu’elle les aborde avec tact, sans donner dans la leçon de choses, sans vouloir forcer l’esprit. En montrant simplement, on n’assène pas de vérité au lecteur, on lui permet de vivre librement une certaine expérience ; on ne force pas son esprit, on lui laisse faire le chemin qui est le sien. Quand je sens qu’un auteur veut plus ou moins habilement me marteler sa thèse, c’est un jeu de pouvoir qui s’installe et la lecture perd alors cette dimension spirituelle, méditative, qui peut la rendre si profonde autrement.


En publiant un livre, quel est votre objectif principal ?

En dehors de quelques situations particulières (écrits intimes d’introspection, romans écrits pour se faire la main…), la vocation d’un écrit, c’est d’arriver à l’autre. Rechercher la publication, c’est donc tout naturel. Plus subjectivement, si j’ai voulu publier, c’est pour donner ce que je fais, dans l’espoir que ça va apporter quelque chose au lecteur, et en dernier ressort lui faire du bien. J’attends d’un roman qu’il m’apporte une expérience profonde grâce à laquelle mon esprit va avancer, mieux comprendre les autres et le monde, devenir plus sage, d’une certaine façon. De la même façon que certains auteurs me font du bien (au sens où ils rendent ma perception du monde plus sereine et plus juste), j’essaie aussi, si c’est possible, de faire du bien aux autres avec ce que j’écris. À mon sens, il ne peut y avoir d’autres raisons que celle-là qui procède d’une intention généreuse. Par exemple, American Psycho ne m’a pas aidé du point de vue de l’esprit. Je n’ai pas du tout ce sentiment en lisant Green River, où il y aussi de l’ultra violence, mais pas de gratuité. Ce n’est pas fait pour nous faire mal. C’est assez difficile à définir, ça, cette intention généreuse. Je crois que c’est une question de regard sur le monde. Une sorte de bienveillance fondamentale.


Pourquoi avoir choisi les Éditions HJ pour publier votre ouvrage ?

C’est tout simple. De toutes les maisons que j’ai contactées, aucune ne recevait les manuscrits numériques… Seule EHJ a accepté de lire !


Un conseil que vous donneriez à une personne qui se lance dans l’écriture de son premier livre ?

D’être sincère dans sa démarche. Je crois que c’est le plus important.


Un livre réussi, pour vous, qu’est-ce que c’est ?

Quand les équilibres sont tenus, que c’est juste. Ça, ça me paraît vraiment important, sentir la justesse, que c’est exactement dans le ton. Quand en plus de ça j’ai le sentiment que le sujet abordé est traité profondément, alors pour moi c’est réussi.

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Si vous écrivez uniquement dans un genre précis, êtes-vous attiré par d’autres types de littérature pour de futurs ouvrages ?

Pour l’instant, je creuse la veine narrative. Je n’écris plus de poèmes depuis longtemps et je ne sais pas si j’en ferai d’autres. Pour le théâtre, je ne crois pas. Sauf à faire parler très poétiquement les personnages, ce qui serait sans doute un peu artificiel, se mettre au théâtre ce serait perdre cette poésie que la narration peut apporter. Et puis écrire du dialogue en continu suppose des qualités que je n’ai pas. C’est très compliqué, il faut se mettre dans la tête et la peau de Y et puis dans celle de X face à ce que fait ou dit Y, et ainsi de suite à mesure que les personnages s’ajoutent et que les relations se démultiplient. Chapeau à celles et ceux qui savent faire ça ! De mon côté, j’ai un peu de mal. Du coup, ça resterait a priori entre roman et poésie. Sinon, ce qui me traverse parfois l’esprit, c’est de me lancer dans l’écriture d’un petit essai sur un auteur ou une œuvre ou une vie, ou un moment de l’histoire… Pas d’écrit en tout cas, où il faudrait manœuvrer des concepts complexes. Dans ce domaine, je suis plutôt mal à l’aise, mais la chose est courante et sans gravité.


Quelles phases émotionnelles avez-vous traversées au fil de la création de votre livre (écriture, envoi de manuscrit, signature de votre contrat, publication, etc.) ?

Beaucoup d’enthousiasme et d’énergie à l’écriture, la joie que « Vents froids » ait pu susciter des émotions et des pensées intéressantes chez certains membres du comité de lecture et le sentiment de vide après la publication.


Vous êtes plutôt voiture ou vélo ? Mer ou montagne ? Cinéma ou télévision ?

La voiture ça sent le renfermé, et le vélo, c’est maso. Très clairement, c’est la moto. La mer pour l’eau, et la montagne pour les perspectives.


Si c’était à refaire, est-ce que vous réécririez votre ou vos livres de la même façon ?

Imaginons que sous l’action du feu, pour les exemplaires papier, et sous celle d’un virus, pour l’exemplaire numérique, tout ce que j’ai écrit disparaisse, qu’est-ce que je ferais ?
Réécrire ses livres de la même façon est illusoire. Je ne crois pas que l’on puisse retrouver exactement le passé, car tout change en permanence. Comment retrouver les conditions qui ont fait émerger le texte ? Ce serait poursuivre une chimère. Dans ces circonstances, il vaudrait mieux se mettre à écrire autre chose.


Posez-vous une question qui ne fait pas partie de cette liste et répondez-y.

Est-ce que tu voudrais ajouter quelque chose ? Oui : bonne journée, bon après-midi, bonne soirée ou bonne nuit !

 


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