L'édition au service des Auteurs

Interview auteur : Svetlana Kirilina

le 3 Juin 2014

Svetlana répond à son tour à l’interview-auteur.

Rappel du principe : 10 réponses au moins parmi une vingtaine de questions qui sont proposées à nos auteurs.

De quoi vous permettre de mieux connaître la plume à l’origine de Quatorze minutes, sorti hier 02/06.

S.Kirilina - Quatorze minutesQu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire et à quand remonte cette passion ?

Quand j’avais huit ans et ne parlais pas un mot de français, j’ai appris que j’allais quitter la Russie pour la France. Pendant les neufs mois qu’ont duré les démarches diverses et variées, j’ai donc commencé à apprendre le français, une heure tous les jours, qu’il vente ou qu’il neige. Et puis, une fois en France, force a été de constater que c’était encore pire que ce que je pensais – tout le monde parlait français. Ce qui fait qu’après quelques mois d’adaptation, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure et prendre le stylo. Ça ne semblait pas contraignant, après tout, des histoires, je m’en étais toujours inventé. Mais les coucher sur papier permettait de maîtriser la langue. Bien sûr, à l’époque, je ne savais pas que le virus de l’écriture était une bête vicieuse et qu’une fois installé, il n’allait pas partir de sitôt. Dix-huit ans plus tard, il est toujours là, plus virulent que jamais.


Vous écrivez le matin, le soir, la nuit ? Suivez-vous une organisation précise pour planifier vos séances d’écriture ?

Bien sûr, je préfère le calme et les petits oiseaux. Mais le fait est que je peux écrire n’importe où et n’importe quand. Il en découle donc que je n’ai aucune organisation précise, j’aime me laisser surprendre par l’inspiration.


Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Absolument tout. Le vent dans les branches, les passants sous la pluie, les mouettes dans le ciel, les étoiles dans la nuit, les grenouilles dans la mare. Il y a tellement de petites choses partout qui déclenchent des images qu’il serait vraiment dommage de s’en priver. Le gros souci, c’est qu’à force, les projets d’écriture se multiplient. Vraiment très vite.


D’autres projets d’écriture en cours ? Si oui, pouvez-vous en parler ?

Et comment… Selon mes derniers calculs, j’ai actuellement en cours sept romans dont deux faisant partie de sagas à beaucoup trop de tomes, et quelques 15 projets d’écriture. Et pour ceux qui se demandent – oui, je suis incapable de rester fidèle à un seul écrit pendant plus de dix minutes ! Les romans en question, c’est un gros mélange de genres avec une prédominance de SF, mais aussi pas mal de burlesque. C’est aussi une variation de supports pour expérimenter autre chose que la narration “classique” – lettres, journaux intimes, chronologie éclatée, plein dialogue… Bref, de quoi s’occuper pour les quarante-deux ans à venir.


Que pensez-vous de l’édition numérique (avantages/inconvénients) ?

A la base, je me suis penchée sur le livre numérique un peu par nécessité. Je lis pas mal d’auteurs russes et il se trouve qu’il est impossible de les trouver en version originale en France, à moins d’habiter à Paris. La liseuse était donc la solution à tous mes soucis, même si j’y allais un peu à reculons. Après deux ans de pratique, je suis bien obligée de revoir mes préjugés de base. La lecture numérique est certes différente de la lecture papier, mais elle a carrément son charme. Je sais que grâce à ça, j’ai découvert plein d’écrits pour lesquels je n’aurais peut-être pas franchi le pas avec une version papier. Bon, après, ça ne reste qu’un support, pratique et tout ce qu’on voudra, mais un support. L’important, finalement, c’est le plaisir procuré par la lecture !


Comment imaginez-vous l’avenir de l’édition (en France, en particulier) ?

Ma boule de cristal étant un peu rouillée, je ne vais pas me lancer dans des prédictions diverses et variées. Par contre, j’espère que le support numérique gagnera en importance. Après avoir côtoyé la bête, je ne peux m’empêcher de voir les possibilités qu’elle offre, notamment au niveau du développement des petites maisons d’édition pour qui c’est une très bonne solution. Bien sûr, je ne prédirai pas une mort du livre papier pour la bonne et simple raison que je ne pense pas que les deux soient en compétition. Ce sont deux supports différents – certains se tourneront vers le premier, d’autres vers le second, et d’autres encore vers les deux.


Vous êtes plutôt chien ou chat ? Vanille ou chocolat ? Thé ou café ?

Du chat vanillé, sur son lit de feuilles de thé, saupoudré de grains de café. Un délice !


Votre musique préférée ? Écrivez-vous en musique ?

Je n’écris pas en musique. Quand je suis face à la feuille, j’ai besoin de plonger dans l’histoire et la musique a tendance à m’en tirer, la vilaine. En revanche, la musique est une grande source d’inspiration. Je ne pousserai pas le vice jusqu’à citer mes groupes fétiches vu que c’est globalement du rock soviético-russe et que je doute que quelqu’un dans l’assistance connaisse ça. Mais par exemple, la naissance de “Quatorze minutes” correspond à une découverte musicale qui m’a accompagnée pendant les cinq mois qu’a duré l’écriture, tant l’univers du groupe trouvait un écho dans ce que j’écrivais.


À travers vos livres, quel(s) message(s) souhaitez-vous véhiculer ?

Absolument aucun ! J’écris pour raconter des histoires, pour échapper au quotidien, pour vivre (et faire vivre) des dizaines de vies. Je n’écris certainement pas pour emmener le lecteur à penser comme moi, le lecteur est assez grand pour penser par lui-même. Après, si par hasard, quelqu’un trouve un message quelconque, il sera forcément involontaire et je me décharge d’absolument toute responsabilité.


En publiant un livre, quel est votre objectif principal ?

Je publie depuis des années des fictions en ligne et s’il y a une chose que j’ai retenu de cet exercice, c’est qu’il n’y a pas plus enrichissant que le partage auteur / lecteur. En restant dans son coin, avec son texte sous le bras, on n’évolue pas, on ne peut tout simplement pas avoir un regard clair dessus. Et dans les deux sens – on peut très bien le croire le prochain best-seller, comme on peut se dire qu’il ne vaut pas trois clous. C’est le regard extérieur qui change tout, qui peut soit pointer les horreurs qu’on ne voyait plus, soit au contraire réhabiliter complètement le pauvre texte dénigré par son créateur. Du coup, avec l’édition, je recherche finalement toujours la même chose – l’échange.


Pourquoi avoir choisi les Éditions HJ pour publier votre ouvrage ?

Je suis tombée sur EHJ un peu par hasard. Il s’est trouvé qu’avec Mélanie Wency, on fréquentait une même communauté littéraire et j’avais été curieuse de voir où elle avait édité son premier roman. J’ai donc farfouillé sur le site, j’ai été agréablement surprise par la clarté des informations exposées, j’ai hésité, re-hésité et finalement, j’ai franchi le pas et rempli le formulaire de soumission. Grand bien m’en a fait, c’est une décision que je ne regrette absolument pas. 🙂


Un conseil que vous donneriez à une personne qui se lance dans l’écriture de son premier livre ?

Selon une croyance populaire, il faut écrire un million de mots et les jeter avant de commencer à écrire quelque chose de lisible, le million étant bien sûr modulable pour chacun. Du coup, si j’avais un conseil à donner, ça serait d’écrire, écrire et encore écrire. Après, je suis quelqu’un qui pense que les premiers romans devraient rester bien cachés, mais heureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde. Quoi qu’il en soit, l’autre énorme ingrédient, c’est le plaisir qu’on prend à l’écriture. Si l’auteur ne s’amuse pas un peu en l’écrivant, le lecteur risque de ne pas s’amuser du tout en le lisant. Et ça, ça serait quand même un peu triste.


Un livre réussi, pour vous, qu’est-ce que c’est ?

Un livre dans lequel je veux rester, un livre qui laisse des séquelles une fois qu’on l’a fini, un livre qu’on veut relire, un livre qui fait passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Bref, un livre qui marque !


Quelles phases émotionnelles avez-vous traversées au fil de la création de votre livre (écriture, envoi de manuscrit, signature de votre contrat, publication, etc.) ?

L’écriture du premier jet de “Quatorze minutes” est un peu loin pour moi, puisque cette étape a eu lieu entre août et décembre 2010. Néanmoins, je me souviens que ces cinq mois ont été vraiment intenses, je vivais littéralement dans l’histoire, j’en rêvais la nuit et le jour. Depuis, j’ai beaucoup récrit cette histoire, sept fois selon mes derniers calculs (quoi, moi, perfectionniste ?). Et puis, un beau jour, je me suis dit qu’il serait pas mal d’arrêter de m’acharner dessus et de laisser l’histoire voler de ses propres petites ailes. Ça correspondait à l’époque où j’avais découvert EHJ et quand j’ai été sur le formulaire, je ne me suis pas laissé le temps de trop réfléchir et j’ai envoyé. Quelle a été ma surprise de retrouver deux mois plus tard un mail de EHJ qui disait que la bête les avait intéressés ! Et là, tout d’un coup, ça devenait concret et c’était un peu terrifiant et chouette.


Si c’était à refaire, est-ce que vous réécririez votre ou vos livres de la même façon ?

Certainement pas ! J’écris généralement avec un plan très très vague, voire pas de plus du tout. Sinon, j’ai tendance à bloquer si je sais d’avance ce qui va arriver. Du coup, l’écriture se fait toujours à l’inspiration du moment. Et la beauté de l’inspiration du moment, c’est qu’elle n’est jamais la même. C’est quand même bien fichu.

 


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    2 Commentaires

  1. je découvre l’auteur et ses écrits …. j’apprécie énormément

    sidou

    8 juin 2014

  2. Sympa cette entrevue !!! La couverture m’attirait déjà, mais là, en plus l’auteur à l’air sympathique 🙂 En plus, on a un point commun, on aime les chats 😉

    froggy80

    9 juin 2014

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